dimanche 21 août 2016

9 octobre 2014 Roger 1

Jérusalem le neuf octobre deux mil quatorze à huit heures cinquante.

Numéro trente cinq du neuf octobre deux mil quatorze.

Voyage.

AnneAnne,
Je reçois ton courriel, une larme dans mon désert.
Des gouttes sont tombées hier soir à l'entrée de la Fête des Cabanes, mais l'orage n'a pas éclaté. J'ai pu rentrer sec, après ma visite ennuyante à Israël, mon ancien ami sculpteur.

La Tradition écrit que la pluie sur la cabane est une bénédiction.
Quand tu écris le bleu des bleus, j'imagine le bleu de ton ciel à la campagne.
Je voudrais te faire sourire avant mon départ dimanche, départ vers un autre désert.
Je serai à Marseille, ce dimanche, douze octobre deux mil quatorze. Je vole à neuf heures quarante cinq et j’atterris à treize heures trente.
Je serai chez ma cousine Denise, quelques jours,  jusqu'au moment où je ne pourrais plus supporter, son autoritarisme hystérique. Alors je partirai me reposer chez les Chem's à Saint-Maime deux ou trois jours.
Deux ou trois jours, ayant appris que, ce temps de séjour est le meilleur pour ne pas fatiguer les relations et l'hospitalité. Dans les deux ou trois jours chez Denise, la fille de ma tante Rolande, sœur  aînée de ma mère, j'irai voir Le Corbusier et visiterai les endroits de ton enfance, si tu me donnes l'adresse et les renseignements. Tu pourras ajouter le numéro de l'autobus, si c'est le même que celui que tu prenais pour aller à l'école, et dans la foulée, l'adresse de l'école et tout ce que tu voudrais que je visite.

Je ferai ces visites avec un enthousiasme sincère. Dans la sincérité et la joie de sortir des lettres (courriels), entrer dans la vision et aussi, me donner une nouvelle énergie dans mes errances marseillaises.
L'année dernière, l'année de la culture, je suis allé au Mucem et aux endroits nouveaux, rénovés de Marseille. 

Je voyage.
Mon numéro de téléphone en France est le 06 51 17 52 84 jusqu'au vingt octobre, date à laquelle il changera en 07 82 59 88 11. Ce dernier est celui d’un abonnement Free.com que j’ai pris. Le premier est le numéro d'une puce que Raphaël me passe quand je voyage en France.
Je serai à Paris jusqu'au six novembre. Je reviendrai à Marseille pour prendre l'avion le neuf.
Ma cousine Joëlle voudrait me voir. Elle habite la ville de Luxembourg. Elle veut m'envoyer un billet de train. J’hésite un peu car, pour parler de quelque chose, elle explique tous les détails, ce qui m’épuise.
Une des caractéristiques de mon état « bi » est une très grande quantité d'électricité dans mon cerveau qui provoque une compréhension fulgurante.
Si je me décide à surmonter ce handicap, je passerai deux jours au Luxembourg.
Joëlle, est la fille de ma cousine Hélyette, le deuxième enfant de ma tante Rolande.
Denise, la troisième, habite à côté. Hélyette passait son temps à sortir de chez elle.
Elles habitent sur le même palier. Hélyette passe son temps à sortir de chez elle pour se reposer de son mari entièrement dépendant d'elle à cause d'une maladie dégénérative du cerveau.
Hélyette est stressée pathologiquement, mais elle est ma cousine préférée depuis mon enfance.

Elle a aussi habité chez nous et a travaillé dans un autre magasin, « Florence ». Ma mère avait ouvert cette boutique de vêtements pour l'aider après son mariage, avec cet homme bête mais travailleur, sortant de la ferme dont ses parents étaient les propriétaires. Cette ferme était située à Ein-Kial, à cinquante kilomètres d'Oran.
Elle s'est mariée par angoisse, par peur de rester vieille fille.
Ma sœur aussi s'est mariée par angoisse en prenant pour mari un homme dégueulasse. Cela l'a conduite au suicide. Elle a attendu que ses enfants soient grands, supportant de longues années ce mariage pour préserver ses enfants.
Un peu plus loin, boulevard Rodochanaci, l’orthographe n'est pas exacte, habite l’aînée de mes cousines, Simone. Elle est courbée en deux à cause de l'âge et du manque de soins accordé à son corps. Elle s'occupe aussi de son mari, Roger, qui ne sort plus. Il a rendu la vie de Simone impossible.
Simone a habité chez mes parents à Oran pour finir ses études, le baccalauréat, diplôme non exploité socialement. Elle avait choisi un mariage névrotique.
Ayant été un enfant taquin, elle me poursuivait dans l'appartement avec une règle en bois.
L'appartement étant très grand, elle se fatiguait vite en cherchant à courir après moi.
C'est la seule de mes cousines habitant Marseille avec qui, il est possible d'avoir une conversation normale.
Son mari, Roger – ce qui m’a permis de le supporter parce qu’il porte le même nom que moi -,  coupe ma parole comme mon cousin germain Claude. J'ai du mettre soixante ans pour avoir la patience d'écouter leurs conneries sans être atteint.
Je ne supporte pas la castration de la parole.
Ne pas laisser l’autre continuer sa mélodie. Lui couper la parole.
J'aimais beaucoup ma tante Rolande. Cet amour pour elle me fait supporter jusqu'à présent leurs conversations.
Je continue mes relations avec eux par amour pour ma tante.
Enfant, je fantasmais une substitution, préférant ma tante à ma mère.
Elle est morte, il y a deux ans, à l'âge de presque cent ans.
Je ne me rappelle aucune date d'anniversaire, sauf celle de ma tante et de ma cousine Denise.
Je suis né le vingt six août, ma tante le vingt trois, Denise le vingt quatre.
Ma sœur s’appelait aussi Denise.
Donc, je voyage dimanche.
Je voudrais t'envoyer des « texto » (c’est gratuit chez Free, comme son nom l'indique) car j'aurai du mal à trouver des ordinateurs. Ces derniers temps, les cafés internet se font rares à cause des « I Phones ».
Hier soir, dans mon insomnie, j'ai pensé à me faire plaisir en achetant en France un « I Phone », tout en ayant peur de ma nullité informatique. Cela m'est venu à l'idée en croyant que cet appareil me donnerait de l'indépendance informatique.
Donc, je voyage dimanche. Je ne me suis pas préparé. Mon angoisse me fait attendre la derrière minute, croyant toujours que je ne partirai pas. Un aspect de ma maladie est de ne jamais prévoir, ayant la conviction que je ne me réveillerai pas de mon sommeil. Cette idée a entravé mon futur.
Je voyage dimanche.
Je suis triste de ton blues. Je voudrais pouvoir te distraire, effacer cette couleur de ton état.
Ces dernières années, le bleu était la couleur persistante de mes tableaux. Je suis passé au jaune de Naples. Ce jaune était la couleur préférée de Hedi. Elle est morte il y a quatre ans. Hedi était une grande amie depuis mon premier voyage en Hongrie. Elle m'a influencé, cette couleur apparaît aussi dans mes peintures.
Toulouse est-t-il loin de Marseille ?
Je pourrais regarder sur la carte mais je préfère préserver l'inconnu et rester dans l'ignorance.
Attendre l'éclairage et la lumière que tu envoies quand tu sortiras du bleu, accepter de rentrer dans le jaune, lumière et chaleur du soleil.
C’est aussi la couleur de l'éclat du rire.
J'ai fait encore une manœuvre très malheureuse. Voulant détruire un site inutilisé, j'ai effacé toute ma liste de Bookmarks et perdu ce répertoire construit depuis des années. Comme tu t'en doutes, je n'ai pas pu le récupérer. J'avais inclus les adresses que tu m'avais envoyées, celle du dictionnaire par exemple.
Ce courriel est long, chaotique, sans aucun style, difficile à suivre, mais est-ce nécessaire de suivre, pour t’empêcher de me répondre et ne pas fatiguer ton épaule ?
Je pense toujours à ce logiciel qui écrirait à ta place. Se mettre devant un microphone, parler, voir les lettres s'inscrire dans le courriel sans fatiguer l'épaule.
Je deviens de plus en plus dyslexique en écrit et en oral. J'ai diagnostiqué une aphasie qui n'a pas été confirmée.
J'ai cru que l'écriture en passant par le clavier, guérirait mon écriture manuscrite complètement illisible, au point que toutes les organisations officielles, pour me faire exister, me font signer plusieurs fois avant d'accepter d'honorer leurs papiers fascistes. En plus, dans la langue hébraïque où, seules les consonnes existent, mon prénom, Roger, est lu comme « ragea ». Le « g » ne se trouve pas dans la langue et le « e » peut être interprété « a ». « Roger » devient « Roza ». Pour mettre un sourire sur les employées des postes ou des banques, je dis que je suis en train de changer de sexe. Cette plaisanterie ne marche pas avec les hommes, les orientaux étant très fiers de leur virilité.


Je reviens à mon voyage…

Je ne voyage, depuis des années qu'en France, faisant le même circuit presque tout le temps.

Sauf, il y a quelques années, ayant rencontré une femme Vietnamienne sur un site internet, j'ai fait un voyage de trente heures en avion pour la rencontrer à Saigon. Une femme très gentille qui me prit de suite par le bras et me donna l'impression d'être aimé. Elle avait des enfants. J'ai compris que toute notre correspondance par courriels passait par sa fille. Sa fille commençait à être une actrice très renommée dans son pays. Sa mère ne parlant presque pas l’anglais, elle lui faisait comprendre les e – mails, et répondait dans un anglais plus compréhensible.
Voulant être le plus près de l'endroit où Thu habitait, je lui avais demandé de me prendre un hôtel près de chez elle. Je suis tombé dans un hôtel de passe. J'ai compris que c'était un hôtel de passe quand j'ai vu le lit entouré de grands miroirs. J'ai déménagé le lendemain matin dans un hôtel au centre ville. Tout le temps de mon séjour, Thu m’a promené en moto, le moyen plus courant de locomotion des villes vietnamiennes. Parmi ces motos, qui sont comme des nuées de moustiques autour d'un marécage, elle m'a fait visiter sa ville. Nuance de touristes et de couple amoureux. Nous sommes partis dans le centre du pays, après une nuit de train, main dans la main. Cette femme était toute attention pour moi. Nous sommes arrivés dans une ville merveilleuse où nous avons partagé une chambre d'hôtel.
J'ai senti ce que pouvait être un mariage heureux et aimant après mon échec avec C.
J'ai compris que l'amour ne passait pas le langage, sa fille n'étant pas là pour traduire la mauvaise langue anglaise que j'avais apprise dans mes différents postes de veilleur de nuit. Cette absence de compréhension mutuelle et de langue commune m'avait rendu impuissant.
En rentrant à Jérusalem, j'ai construit une théorie du langage. Je me suis intéressé au « parlêtre » de Jacques Lacan et à ses théories sur le rapport sexuel.
De retour à Saigon, j'ai avancé mon retour. J'avais senti l’impossibilité de me marier avec elle malgré sa gentillesse. La chaleur, la langue, étaient trop différentes de celles d’Israël. Je ne me sentais pas le courage de recommencer ma vie devant subir un autre apprentissage de pays et de langue.
Je suis en contact avec elle, quand, de façon très espacée, je regarde « Facebook ».
« Facebook » m’inonde de photos de sa famille. Sa fille, l’actrice, s'étant mariée, j'ai droit en plus à des photos de mariage, des photos de bébés, ainsi qu à tous les feuilletons où sa fille, célèbre maintenant, joue.
J'avais choisi de faire mes recherches vers « l'est le plus éloigné » - je m’aperçois dans cette relecture que cette expression vient de ma traduction de l’hébreu – « mizrah ha rahok -. Le Vietnam est le pays le plus pauvre du monde. Je pensais que vivre dans ce pays avec ma petite retraite me permettrait de supporter cette alliance avec dignité.

Je dois voyager. J'écrirai ce moment épique extrême oriental, doux, une autre fois.

Il est onze heures vingt. Je vais faire une pause.
J'envoie ce mail trop long et écrit comme un jeu de « mikado », ces baguettes que l'on fait tomber sur une table, qu'il faut extirper sans briser la masse.
Ceci pour que tu ne lises pas plus de trois pages et que tu ne répondes pas, la quantité des informations étant trop grande.
« Que », « qui », en grand nombre, « où », en nombre plus raisonnable.
La grammaire nulle, surtout les accords, la faiblesse et la pauvreté du vocabulaire…
Ne voir que la sincérité. 

AnneAnne,
L’origine du mot embrasser est : « prendre » dans ses bras. Il s'est transformé en France en bisous.
Quand j'embrasse ici, les gens sont choqués. Ils sont habitués à la manière américaine de se prendre dans les bras et de se donner de grandes claques sur le dos.

Je ne te donne pas de grandes claques dans le dos à cause de ton épaule.
Je préfère le contact, sentir la peau et le souffle. En hébreu, «  Nechama » veut dire «  âme » et « Nechima », « Souffle ».
Dans mes études pour comprendre le mot « âme », Alain de Ribera, professeur au Collège de France, dit que nous respirons le même air.
Le même air, est – ce le même souffle ?
Est – ce la même âme ?
Je ne suis pas encore arrivé au voyage, au mouvement.
Ychaï.
J'envoie quand même ce courriel fou.


jeudi 11 août 2016

8 octobre 2014 Anne 2

Cher Ychaï

Je suis triste, malgré un certain nombre de choses à faire traînant depuis trop longtemps (des lettres, des trucs en retard, chiants) et que j'ai faites, presque tout d'ailleurs.
Luc va à Toulouse vendredi voir notre ostéopathe. Il sent les nerfs au bout de ses doigts. J'espère qu'il pourra faire quelque chose pour sa cheville.
J'ai monté et descendu avec toi des escaliers. Tu « donnes à voir ».
Je relis, constate que le style est pas terrible, mais il y a une présence incroyable. Si j’étais éditrice, je n'y changerais pas un mot.

J'ai vraiment le blues du blues ce soir.
Quand pars-tu ?
J'aimerai que tu ailles au Corbusier, à Marseille, m'imaginant là, de 5 à 18 ans. Tout ce qu'il y avait autour de l'appartement de mes parents était un refuge, les escaliers en particulier. Si tu y vas, je t'en ferai la liste avec leurs divers usages.
Bonne Nuit
Je t'envoie un baiser de loin

AnneAnne

https://ssl.gstatic.com/ui/v1/icons/mail/images/cleardot.gif

8 octobre 2014 Roger 2

Ouvrant ma boîte en voulant t'envoyant ce numéro trente quatre, je trouve le courriel de Télégramme.

Jérusalem le huit octobre deux mil quatorze à dix heures.

Numéro trente quatre du huit octobre deux mil quatorze.

Du jour au lendemain, j'oublie… mais aussi de minute en minute…

AnneAnne,

Le blanc, le silence, le temps qui passe, le temps passé.
Mais, l'assurance que la rencontre miraculeuse arrête le temps, marque le point qui n'est pas la ligne.
Mais, l'amitié qui pointe le point, le point sur le point.
Je prépare dans ma tête mon voyage, en m'asseyant devant l'écran, en essayant de t'écrire, ne pouvant pas faire autre chose en ce moment, ces derniers jours.
J'ai relu le numéro trois. Je le trouve très éclaté. Miroir du désordre que je vis.
La liste des chambres, appartements que j'ai habités seul ou non, le plus souvent seul, à terminer.
Je ne sors pas beaucoup de mon lieu. Je ne suis pas allé au studio depuis plusieurs jours. Je me cours après, je tourne en rond dans mon salon cuisine salle à manger chambre à coucher, bureau, coin de méditation, bibliothèque.
Essayant de me rassembler, de me ressembler.
Écrire, décrire les ambiances, les bruits et les odeurs, les voisins, les magasins, les circuits, mes emplois du temps liés à ces circuits.
La description des odeurs des différents escaliers en bois, de leurs formes, de leurs couleurs, le nombre des étages:
Les escaliers du petit appartement de la rue des Blancs-Manteaux, escaliers de bois clair sans vernis, le bois usé par les milliers de semelles qui les ont empruntés toutes ces années depuis que cette maison a été construite. Construction assez récente pour ce quartier du Marais, où les beaux hôtels de l’aristocratie voisinaient avec des constructions populaires. Ce quartier a été rénové et a perdu tout son charme.
Populaires. J'écris cela sans aucune nostalgie.
Je ne suis pas un être regardant en arrière comme je l'ai déjà écrit à propos de mon comportement par rapport à mon faire.
La recherche dans mon projet intitulé « Ma mère » n'est pas une recherche nostalgique, ni une réponse à une question. C'est plutôt la question.
L'argent investi dans la restauration ne redonne pas la patine aux vielles pierres que j'ai connues. La mode s'est emparée de ce quartier, envahi par les touristes et les snobs.
Dans les années mil neuf cent soixante cinq, c'était vraiment une atmosphère de village. Les gens se connaissaient et se parlaient sans arrière-pensée d'argent et de profit. Nous aurions pu acheter un hôtel pour une poignée d'argent. Nous étions des innocents sans argent, sans la moindre pensée de s'enraciner en devenant propriétaire. L'exil nous avait marqué, nous ne savions pas où nous irions. Cela nous a pris des années pour s'habituer à être à Paris.
Je ne pense pas, malgré trente années de ma présence à Paris, avoir eu la sensation et le sentiment d'appartenance. Il en est de même ici.
J'ai monté des milliers d'escaliers à Paris, des marches en bois avec ou sans tapis, des étages et des paliers, j'ai tenu des rampes fabriquées de toutes sortes de matériaux : bois, bronze, fer poli par des milliers de paumes, d'escaliers qui, dans chaque maison, avaient leur caractère propre et leurs façons de tourner personnelles.
Je m'étonne de m'en souvenir.
Escaladées quatre à quatre, les marches d'escaliers de la rue Pélissier, à Oran, ont-elles ouvert un espace spécial dans mon cerveau, permettant et facilitant cette mémoire d'escalier ?
L'escalier en colimaçon dans le magasin «  Luxia » de mon père a-t-il formé le sentiment d'appréhension de mon temps et de ma pensée ?
Penser en colimaçon et en spirale. Suis-je pensé par les objets et les autres ou est-ce que ma pensée n'est que la réflexion de ces objets et de ces sujets ?
Ma folie n'est- elle que ma particularité?
Dans mes cahiers de chronologie, je garde le fil d'André comme le fil principal. La période avant André et la période après.
J'ai réussi quand même, dans ce courriel, à raconter de petites histoires et réflexions.
Avec une petite tristesse qui ne m'a pas permis l'humour.

AnneAnne,
J’espère que tout va bien.
Je t'envoie, plus particulièrement des amitiés affectueuses. Un voile remué par une brise.
Ychaï.
https://ssl.gstatic.com/ui/v1/icons/mail/images/cleardot.gif



8 octobre 2014 Anne 1

Mal à l'épaule
Luc déprime et ne va pas mieux
T’écrirai plus tard
Pense à toi
Télégramme



8 octobre 2014 Roger 1

Jérusalem le sept octobre deux mil quatorze à trois heures.
N° trente trois du sept octobre deux mil quatorze.
Oubli à ajouter à la liste du blanc.

AnneAnne,
Écrire,
Imaginer, avec tes courriels, la lecture de ceux-ci, ta vie du temps qui passe, et du temps passé.

Hier, j'ai saisi le blanc – couleur que je n'avais pas remarquée dans le nom des rues que j'ai habitées dans les années mil neuf cent soixante quinze. Je ne m'étais pas aperçu qu'il faisait partie d'un des fils de mes listes.
J'ai habité deux ou trois ans, au dix neuf, rue des Blancs-Manteaux. J'ai déménagé après que Frédérique soit venue me rejoindre. Nous avions pris ensuite un appartement, au deux, rue du Plâtre. Le plâtre aussi est blanc.
Je me souviens du numéro de téléphone 01 42 72 46 84.
J'ai quitté cette rue quand nous nous sommes séparés.
J'avais habité rue Pavée, première fois de ma vie à Paris que je vivais dans le quartier du Marais.
Dadou s'était installé dans ce quartier depuis plusieurs années.
En t'écrivant, je cherche à vaincre la résistance à ne pas vouloir me rappeler les dates et la succession des endroits où j'ai vécu. 
La rue Pavée, se trouvait à côté d'une belle  synagogue, construite par un architecte connu.
Chronologiquement, j’ai habité pendant cette période :
 (1)-Rue Pavée, (2)- rue des Blancs Manteaux, (3)-rue du Plâtre, (4)-sept, rue du Pont aux Choux.
Lina la sœur de Dadou a habité au 22 de cette même rue. Lina m’avait trouvé cette chambre en me recommandant à son propriétaire, un tailleur juif propriétaire d’un magasin, se trouvant sur le boulevard Beaumarchais, et de plusieurs immeubles dans le quartier. L’immeuble rue du Pont-aux-Choux, et l’immeuble rue des Filles du Calvaire, appartenaient à ce couple de propriétaires. J’ai pu, après être entré dans la chambre de la rue du Pont-aux-Choux, trouver un studio pour Dominique J. Après avoir payé une reprise, habitude parisienne de corruption et d’exploitation, Dominique a pu emménager dans ce studio.
Dominique m'avait demandé de l'aider à faire des travaux dans cette chambre, occupée auparavant par un homme solitaire dont le métier était de sculpter les statues de cire du Musée Grévin. J'ai été aidé pour faire ces travaux par un ami breton, s’occupant aussi de menuiserie. Cette chambre comprenait une pièce principale et une petite cuisine, sans électricité, ni gaz.
 L'ancien locataire vivait seul, n'avait pas de famille. Après sa mort, le couple de propriétaires, un peu charognard, avait vidé la plupart des affaires appartenant au défunt.
Mais pas toutes, car…
En effectuant les travaux, voulant déplacer une armoire, j'ai trouvé une enveloppe qui contenait une grande somme d'argent liquide, à peu prés un million d'anciens francs. Sachant que cet homme était mort sans famille, Dominique a gardé l'argent, m'a fait cadeau de la somme qui m'a permis de payer la reprise (4) de la chambre de la rue du Pont-aux-Choux. Je m’aperçois que je ne suis plus aussi sûr. Est – ce que le studio de Dominique rue des Filles du Calvaire est arrivé avant mon studio rue du Pont-aux-Choux ?  
J'ai pu faire, avec cet argent qui tombait du Ciel, manière de dire, des travaux plus importants. J'ai dans ma mémoire, gardé les images de ce lieu.
-- Inclure une liste de mes bricolages et réfections de mes lieux d'habitation ou de celles de mes amis chez qui j'ai bricolé. --
C'est dans cette rue, rue des filles du Calvaire, que Dadou a habité quand il a vécu avec Sylvie. Sylvie, l'amie de Frédérique dont Dadou était tombé amoureux, et avec qui, il a eu deux enfants, Violette et Daniel.
Après avoir vécu dans cet appartement dans cette rue, il a acheté un autre appartement dans cette même rue, à l’angle avec le boulevard Beaumarchais. C'est dans cet appartement qu'il a vécu jusqu'à sa mort.
Avec cet argent - miracle de la somme trouvée -, nous avons, Dominique et moi, invité dans un restaurant tunisien tous nos amis. Cet événement a frappé leurs mémoires, est resté un sujet de joie pendant des années.
Dominique et son frère étaient mes élèves quand j'enseignais la guitare au conservatoire du 13ème arrondissement. Elle habitait avec ses parents, avenue d’Italie, un appartement de fonction, son père était directeur d'un bureau de poste.
J'ai arpenté cette avenue pendant des années, l’appartement de mes parents se trouvait dans le prolongement de cette avenue, au numéro cinquante deux de l'avenue de Fontainebleau, Kremlin-Bicêtre. Ils avaient acheté cet appartement en mil neuf cent soixante et un, à peu près, avant la fin de la guerre d'Algérie.
Je raconterai plus tard, l'histoire de la rue Debeylleme, où Dadou avait repris un appartement dans un hôtel où Madame de Maintenon, la maîtresse d'un roi dont je ne me souviens plus le nom, peut – être Louis XIV, un lieu immense, servant de réserve pour un antiquaire spécialisé dans la location de fournitures pour les décors de cinéma. Dad a été obligé de quitter ce lieu fantastique, des années plus tard, après avoir lutté à coup de procès contre des loups. Il avait réussi à louer cet endroit magnifique, par mon intermédiaire. J’avais fait la connaissance de cet antiquaire dans la cour de cet hôtel, je faisais à l'époque des travaux de rénovation pour l’atelier de fabrication des objets de décoration, un des métiers parmi les nombreuses occupations de Dadou.
Ses occupations n'ont jamais enlevé sa grande et merveilleuse disponibilité.
Cet atelier se trouvait dans une aile de cet endroit historique.
J'habitais alors dans la chambre de la rue Pavée.
La rue Pavée était la continuation de la rue de Turenne, sortant de la rue Debeylleme et en tournant à droite.
La rue Pavée aboutissait à la station de métro « Saint Paul » sur la rue de Rivoli, grande rue qui conduisait en sortant à droite sur le BHV, Bazar de l'Hôtel de Ville. La Mairie de Paris se trouvait à gauche, à la hauteur du BHV.
J'avais travaillé dans le BHV pendant un mois dans les années mil neuf cent soixante. J’ai été renvoyé sans avoir été trop étonné, m'étant endormi dans un grand tiroir, dans le stand où je devais être vendeur.
La rue Debeylleme rejoignait d'un côté la rue de Turenne et de l'autre la rue des Archives. La rue des Archives arrivait à la rue des Blancs-Manteaux à gauche et un peu plus loin à droite sur la rue du Plâtre.
 A droite, quand nous sortions de l'Hôtel de la rue Debeyllème, nous tombions dans la rue de Turenne, nous prenions sur la gauche pendant cinquante mètres et le premier coin à droite était la rue du Pont-au-Choux.
En continuant tout droit dans la rue de Turenne, la rue des Filles du Calvaire se trouvait à droite. 
Rue de Turenne, trottoir de droite, première à droite rue du Pont-aux-Choux, deuxième à droite une rue où se trouvait la boulangerie du mari de la sœur de Dad.
Il est évident que j’aurais pu t’envoyer du « Google Maps ». Je t’aurais évité mes explications topologiques, subjectivement incompréhensibles. 
J'ai travaillé comme chauffeur-livreur de petits pains pendant un été chez le beau – frère de Dadou, directeur de cette boulangerie.
Troisième rue à droite la rue des filles du Calvaire.
Plus haut, dans cette même rue, le petit appartement où Dadou et Sylvie se sont installés : Violette y est venue au monde.
En face, le studio de Dominique, sur le même trottoir, encore un peu plus haut, l'appartement de Dadou dans les dernières années de sa vie.
Je ne sais pas copier les cartes, comme je crois mes explications confuses, tu pourrais faire apparaître sur ton écran et par ta science informatique, visualiser les informations que j'essaye de te communiquer.
Imagine que nous avons passé des heures dans tous les cafés de ces rues, avec Dadou, Loulou, Macona…
Ces dernières années, lors de mes voyages à Paris, le café « Saint Claude », situé au bout de la rue du Pont-aux-Choux, faisant coin avec le boulevard Beaumarchais, était le lieu de nos rendez-vous avec Dadou et Macona entre midi et deux heures.
Ma tête tourne, j'espère que tu pourras suivre jusqu'au bout mes explications et, pour t'éviter le tournis, regarder sur une carte.
Je ne sais plus où j'en suis… Je me suis perdu…
Je saute dans le temps à venir. Mil neuf cent soixante dix neuf, dix rue de Picpus, avec le groupe d’élèves que j'avais formé musicalement. Nous avions formé une petite communauté, loué un appartement situé dans un rez-de-chaussée.
Je leur enseignais la guitare et la musique tous les jours pendant deux heures ou plus.
J'ai quitté cet appartement en mil neuf cent soixante dix neuf – mil neuf cent quatre vingt.
Claire, Ingrid, Marie-Pia, My Yong, Bruno et moi étions les locataires fixes.
Marie-Pia venait tous les jours pour suivre mon enseignement.
Bénédicte venait souvent et restait dormir quand elle n'avait pas envie de rentrer chez ses parents à Meudon.
Sidi Lamine passait tous les jours prendre son bain et se nourrir. Me voir aussi.
-- Écrire sur mon amitié avec Sidi. --
Mon père est mort en mil neuf cent soixante dix neuf.
Je suis parti dans le sud de la France, y ai passé presque un an, suis revenu à Paris pour m'exiler à Jérusalem en septembre mil neuf cent quatre vingt un.
Je fatigue et ma dyslexie revient.
Dans l'attente de tes nouvelles, en pensant à toi, m'excusant de mon style décousu allant dans toutes les directions, une manière d'écrire formée d'associations, sans constructions, libre de toutes contraintes, se voulant quelque chose comme style peut-être, mais écrit avec amitié, une amitié simple et franche, directe et généreuse, naïve et consciente…etc… Sincère et chaleureuse, attentive et responsable, présente et proche.
Remplissant le blanc avec l'ignorance du futur prochain où le rythme de mes courriels sera perturbé par mon voyage.
Mon amitié.

Ychaï.





mardi 2 août 2016

6 octobre 2014 Roger

Jérusalem le six octobre deux mil quatorze à neuf heures dix.
Numéro trente et un du six octobre deux mil quatorze.

Relent de procrastination.
Oubli du voyage en Tunisie aux alentours de mil neuf cent soixante quatre.

AnneAnne,

 Dadou avait l'habitude, lors des premières de son exil après les événements de Byzerte, de passer une partie de l'été en Tunisie, à la plage de « la Goulette ».
Nous avions pris la décision avec Loulou, son cousin germain, de le rejoindre.
Je bois trop de café. Le maniement du clavier m'est devenu difficile à cause de ma nervosité.
Je ne me souviens pas du moyen de transport que nous avions pris. Dadou et sa famille avaient loué une villa sur le bord d'une plage. Il a pu nous loger, malgré les nombreuses personnes qui l’entouraient, père, mère, sœurs et leurs enfants, sur la terrasse, où se trouvait la buanderie. La buanderie est le nom d'une petite chambre avec un grand bassin pour laver le linge. Cette petite villa se trouvait près de la plage où nous passions beaucoup de temps. Les vendeurs de jasmin vendaient leurs bouquets à la tombée de la nuit. Nous mangions des complets poissons en début d'après-midi. Un plat qui consiste en un poisson frit fraîchement péché sur lequel l’on posait deux œufs frits entourés de frites et des petites salades méditerranéennes. C'était le plat traditionnel de l’été sur la plage.
Nous avons visité des endroits merveilleux comme Sidi Bou Saïd, un village perché sur une petite montagne surplombant la mer avec son « Café des Nattes », maintenant célèbre dans le monde entier.
Michel Foucault venait souvent se réfugier dans ce village pour écrire ses livres.
L’événement le plus marquant pour moi, fut que Dadou trouva le moyen de m'organiser un concert au « Belvédère » situé aussi sur une colline qui dominait la mer d'un autre point de vue que Sidi Bou Saïd. Un endroit de concert et de sortie de la population bourgeoise de Tunis. Il fallut aussi trouver une guitare car je n'avais pas pris mon instrument pour ce voyage.
Je devais jouer en première partie après les danseuses de ventre, la deuxième partie était le tour de chant de Jean-Claude Pascal.
Je suis arrivé au « Belvédère », accompagné par les dizaines de personnes, famille et amis de Dadou.
L’entrée était un jardin merveilleux où étaient dressées des colonnes d'un mètre cinquante à peu près, où étaient assis de petits garçons noirs habillés en costume rouge imitant les costumes de laquais du siècle de Louis Quatorze. Ce fut mon premier étonnement. Un trac immense m'envahit.
Je fus reçu par l’un des organisateurs qui m'accompagna dans une chambre qui servait de coulisses pour les artistes. Le deuxième événement fut d'essayer de me concentrer et de me chauffer les doigts, sans grand succès. Les danseuses du ventre, à moitié nues, se préparaient à rentrer en scène. J'eus, après qu’elles eussent quittées la pièce pour faire leurs danses sur scène, un peu de temps pour répéter et me concentrer sur les morceaux qui constituaient mon répertoire. Ma prestation fut un succès. Dadou fut très fier de moi.

Je ne me souviens pas de la fin de notre séjour ni comment nous sommes rentrés, Loulou et moi en France.
AnneAnne,
Je pars pour mon rendez-vous à onze heures au café Soyo dans la rue de la Vallée des Géants. J'ai rendez-vous avec Amasia, directeur de l'ensemble gamelan avec lequel j'ai joué de plusieurs instruments javanais. Nous avons arrêté les concerts et les répétitions depuis quelques années pour la raison de vieillissements des musiciens qui constituaient le groupe. Ils n'avaient plus de temps à consacrer à cette très belle musique.
Passe une belle et bonne journée que j'accompagne en t'envoyant avec mon souffle d'amitié, la brise de cette belle journée hiérosolomytaine.

Ychaï.



La question sans réponse.
Ne pas être un chasseur qui poursuit sa proie, son but.
La gratuité de l'attente.
Le non-faire dans le faire de l'art.
Montrer qu'un tableau n'est pas un objet, qu'il n'y a pas de relation, sujet objet dans les actes artistiques.
Etc…

Ychaï

VOILA. VOILA.

4 octobre 2014 Roger

Jérusalem le quatre octobre deux mil quatorze à quatorze heures cinq.
N° trente deux du quatre octobre deux mil quatorze.
ESSAI
Sortir de la procrastination pour écrire sur le projet.

AnneAnne,
Dégager la structure.
Je ne comprends pas bien.

Comment est venue l'idée :
J'ai accumulé depuis des années des peintures sur papier, de différents médias, huile, gouache. Je les rangeais, puis les oubliais. Je les retrouvais, puis me demandais si je devais les laisser séparées ou selon une idée existante quand je les faisais, les classer par ordre pour en faire des livres (livre de la mer, livre des cieux, etc…).
Le temps est passé, ces petites peintures que je pensais être des esquisses, existaient chacune pour elle –même. Il n'était pas nécessaire de les ranger par sujet comme je l'avais pensé en les peignant.
Pendant des périodes de vide et d'angoisse où je réfléchissais sur l'avenir de mes tableaux, j’eus l'idée de rassembler ces petits formats dans un grand projet dont le titre m'est apparu comme une évidence :
-Ma Mère, Visages et Mouvements. Entrée dans le Labyrinthe.
Cette idée de rassemblement permettait de les conserver sans les séparer.
Eviter la dispersion et une vente pièce par pièce. Les mettre en valeur les uns par rapport aux autres. Espérer, vu la dimension du projet, être exposé dans un musée ou être acheté par un collectionneur.
Je commençais à imaginer et à construire le labyrinthe. Je réfléchissais et analysais comment ce titre était venu dans mon esprit, puis je compris peu à peu la symbolique.
Peu à peu les fils qui m'avaient conduit s’éclaircissaient, je remontais à la source.
D'où venaient mes difficultés à classer, à jeter, à choisir.
Je cherchais aussi à démêler les nœuds de ces fils, afin de comprendre les forces qui avaient porté ma peinture.
Le choix de mes sujets était pour la grande majorité des figures, des personnages. J'avais peint très peu de natures mortes et de paysages.
Le labyrinthe était ce qui me reliait aux peintures des cavernes, à la peinture des figures, et à la tradition picturale, qui datait de la période ancienne où Marie et les disciples, en enlevant le voile qui recouvrait la figure de Jésus, trouvèrent l'image de ce visage imprimée sur le voile.
La tradition de peinture d’icônes apparut. Les peintres voulant perpétuer cette image, y associèrent peu à  peu la Vierge Marie. La peinture religieuse garda ce sujet qui se transforma dans les temps modernes en peinture de nu.
La mère de Jésus, perdant son caractère sacré, devenait la femme.
La peinture d’icônes rejoignant ainsi la tradition du nu des statues grecques.
Pour moi, l'évidence apparaissait.
Sans le savoir, je n'avais fait que chercher le visage de ma mère dans ces peintures d'un style figuratif-abstrait. J'avais cherché à peindre, même à travers les modèles qui avaient posé dans mes années d'atelier, ce visage de mère, ma mère.
Des images et souvenirs de mon enfance remontaient à la surface. Je voyais, ce que je considérais comme des défauts, ne pas jeter, venait des ficelles et des fils de pêche que mon père, avec une patience infinie, démêlait pendant des heures.
Je contemplais mes peintures et remarquais quelles n'étaient qu'une longue série de variations. Les visages, les expressions de ma mère, ses mouvements.
Je sentais dans la continuité de ce fil, tendu depuis toutes ces années, la force inconsciente qui avait conduit ces représentations. Le présent d'un visage, le souvenir du bébé regardant le visage de sa mère.
L'entrée et la sortie du labyrinthe. Les impasses symbolisent une quête de la séparation improbable.
Ne pas jeter, ne pas se séparer, garder le lien…
Ma vie, ayant été ce combat contre la souffrance de la séparation, les séparations de toutes sortes, les disparitions et la mort.
Ce sont tous ces fils qui sou tendent ce projet.
À corriger, transformer, ajouter, ordonner…

Ce que je veux exprimer:
La variation comme transformation silencieuse.
Qu'une seule image nous porte et dirige notre inspiration.
La couleur et la forme.
Le combat entre la courbe et la droite, symboles du féminin et du masculin.
Les tons des couleurs, révélant les couches de la sensibilité, palimpseste.
L' « Entre » du visible et de l'invisible.
Ma manière de peindre comme apparition et révélation, comme une photo qui dans les temps anciens était plongée dans un bain, qui, selon la durée de ce bain, se montrait peu à peu.

…D'autres choses …

Avec quoi je pense pouvoir toucher le public :
En général, je m'en fous. Je me considère comme le peintre d'une recherche. Les arts que j'ai pratiqués étaient des thérapies exorcisant les conséquences de mes traumatismes et de la relation avec ma mère.
Je ne cherche pas particulièrement à toucher le public, tout en sachant que je peins aussi pour être vu. Mais ce n'est pas mon but.
Les arts que j'ai pratiqués, en dehors des buts thérapeutiques, m'ont appris que je ne peux être un artiste qu'en acceptant que ce que je fais est un cadeau que je reçois gratuitement.
Je ne peux pas peindre sur commande. J'attends. Je me laisse porter par des forces inconscientes.
Etc…

Quel est mon message :
La question sans réponse.
Ne pas être un chasseur qui poursuit sa proie, son but.
La gratuité de l'attente.
Le non-faire dans le faire de l'art.
Montrer qu'un tableau n'est pas un objet, qu'il n'y a pas de relation, sujet objet dans les actes artistiques.
Etc…

Ychaï

VOILA. VOILA.