Jérusalem le vingt
huit novembre deux mil quatorze à vingt et une heures cinquante.
Suite de la liste
des travaux.
AnneAnne,
Je lis avec
attention les lettres et les espaces entre les lettres, regarde les couleurs
des consonnes et la sonorité des voyelles de tes courriels.
Lire plus que ce
qui est écrit, sentir les mouvements et les écarts, admirer et m'étonner de la
phrase, de la virgule qui me dit d'attendre avec patience la suite…
J'attends aussi le
moment d'écrire les phrases entre aperçues dans mes moments de calme.
Ces derniers temps,
les creux et les sommets des vagues sont devenus plus violents.
Je sais maintenant,
toujours avec un peu de retard, sentir les moments qui deviennent dangereux.
Quand le creux et le haut des vagues se font plus intenses, je dois monter sur
le pont et voir le capitaine. Ce que j'ai fait hier à dix huit heures. Les
visites à mon capitaine commencent par un état des lieux, qui, après son moment
de réflexion, se terminent par une augmentation des pilules. Mais cette
fois-ci, il ne s'agissait pas d'augmentation, mais d'un ajout de pilules d'une
autre marque.
Donc, je dois
ajouter à la prise de mes deux pilules régulières, une nouvelle pilule inconnue
que j'essayerai dimanche ou lundi. Ces pilules sont délivrées par le second du
capitaine.
La nouvelle
ordonnance me permettra d'aller chercher à la cantine mes rations, pour
retrouver mon pied marin.
« Pilule »
ou « pillule » ou « pilulle » ?
Merci de ton
attention qui me touche, mais par délicatesse, je garde ce geste soigneusement
comme si je tenais un oiseau entre mes mains.
Suite de mes
travaux.
Après mon arrivée
dans ce pays où je continue de résider, j'ai enseigné la guitare. Je m'étais
promis de ne plus enseigner pour des raisons que j'exposerai plus tard.
Une femme française
rencontrée par une relation, m'a demandé si je voulais enlever la rouille, peindre
de nouveau, avec une peinture anti rouille, les barrières de fer qui
entouraient sa maison. Cette maison était située dans un vieux quartier que
j'aimais beaucoup. Ce travail m'a pris une ou deux semaines.
Un homme, habillé à
la façon des religieux de Pologne, me regardant peindre et admirant mon travail,
me demanda si j’étais prêt à travailler pour sa communauté religieuse.
Avec mon esprit aventureux,
sans réflexion, sans demander la nature de ce travail, je me suis retrouvé
homme de ménage. Je devais tenir propre l'endroit de prières où sa communauté
se rassemblait plusieurs fois par jour pour prier.
Mon travail
consistait à passer l'aspirateur sur les tapis, faire fuir la poussière, laver
les endroits où cela était nécessaire. Un grand problème se présenta à moi dans
l'exercice de mes fonctions. Je découvris dans l'armoire consacrée contenant
les livres sacrés, des intrus.
Ces livres n'étaient
pas des livres avec les formes ordinaires que nous connaissons dans les
contrées européennes.
Ils étaient écrits
sur des parchemins, enroulés autour d'un axe qu'il fallait dérouler pour
accéder aux écritures saintes.
Je m’aperçus que
des souris avaient pris possession de ce lieu et se nourrissaient en grignotant
les lettres sacrées. Sans connaître les lois religieuses à appliquer au
comportement de ces souris, sans consulter les Sages, j'entrepris de faire une
décolonisation en commençant par de moyens doux. Voyant que la douceur
n'aboutissait pas, je dus m'employer à renforcer mes actions, croyant qu'il
était de mon devoir de protéger la science contenue dans ces rouleaux.
J'employais une
grande énergie, à continuer la guerre contre les souris. Celles – ci avaient
investi les lieux depuis longtemps et savaient résister intelligemment.
J’ai mené ce combat
seul.
Cette communauté
composée d'hommes aisés venant la plupart de pays anglo-saxons fut fière de
moi. Cette réputation m’apporta la demande d'un milliardaire sud-africain. Il
me proposait de devenir son homme de ménage personnel.
Son appartement se situait
dans un gratte-ciel dans le quartier Wolson. Malheureusement pour moi, la
surface du sol était de trois cent cinquante mètres carrés. Le travail était
plus ardu et plus envahissant.
Cet appartement
bourgeois avait moins de dignité et de spiritualité que la maison de D.ieu que
j'avais nettoyée de la colonie de souris.
Je ne me souviens
plus combien de temps mon emploi d'homme de ménage dura, ni comment je me suis
retrouvé au chômage.
Cette institution dans
ce pays avait déjà écrasé, avec sa grande bureaucratie, mon âme fragile et
douloureuse.
Ma mémoire s'ouvre
de temps en temps, grâce à ta lecture et à l'écho que je reçois de toi.
Dix heures quarante
cinq, je ne continue pas pour ce soir, laissant le repos de la nuit faire son
œuvre réparatrice et permettre le demain de continuer un récit.
AnneAnne,
Ton dernier
courriel, avec tes nouvelles, m'a laissé entrevoir un mieux de ta santé. Je
m'emploie du fond d’un cœur de vrai ami, à t’envoyer les souhaits de rétablissement
rapide et durable.
Que ton épaule te
fasse moins souffrir pour que tu puisses écrire et continuer ton journal.
Tu m’avais écrit
qu’écrire quotidienne te manquait.
J'envoie l'air
frais, épuré de trois jours de fortes pluies, un air froid mais transparent
grâce à une sortie du soleil dans le ciel de Jérusalem.
Avec ces envois,
mon amitié chaude et brillante enveloppée de pensées remplies de souhaits de
santé et de joie.
Ychaï
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