jeudi 1 septembre 2016

28 novembre 2014 Roger

Jérusalem le vingt huit novembre deux mil quatorze à vingt et une heures cinquante.

Suite de la liste des travaux.

AnneAnne,
Je lis avec attention les lettres et les espaces entre les lettres, regarde les couleurs des consonnes et la sonorité des voyelles de tes courriels.
Lire plus que ce qui est écrit, sentir les mouvements et les écarts, admirer et m'étonner de la phrase, de la virgule qui me dit d'attendre avec patience la suite…
J'attends aussi le moment d'écrire les phrases entre aperçues dans mes moments de calme.
Ces derniers temps, les creux et les sommets des vagues sont devenus plus violents.
Je sais maintenant, toujours avec un peu de retard, sentir les moments qui deviennent dangereux. Quand le creux et le haut des vagues se font plus intenses, je dois monter sur le pont et voir le capitaine. Ce que j'ai fait hier à dix huit heures. Les visites à mon capitaine commencent par un état des lieux, qui, après son moment de réflexion, se terminent par une augmentation des pilules. Mais cette fois-ci, il ne s'agissait pas d'augmentation, mais d'un ajout de pilules d'une autre marque.
Donc, je dois ajouter à la prise de mes deux pilules régulières, une nouvelle pilule inconnue que j'essayerai dimanche ou lundi. Ces pilules sont délivrées par le second du capitaine.
La nouvelle ordonnance me permettra d'aller chercher à la cantine mes rations, pour retrouver mon pied marin.
« Pilule » ou « pillule » ou « pilulle » ?

Merci de ton attention qui me touche, mais par délicatesse, je garde ce geste soigneusement comme si je tenais un oiseau entre mes mains.

Suite de mes travaux.
Après mon arrivée dans ce pays où je continue de résider, j'ai enseigné la guitare. Je m'étais promis de ne plus enseigner pour des raisons que j'exposerai plus tard.
Une femme française rencontrée par une relation, m'a demandé si je voulais enlever la rouille, peindre de nouveau, avec une peinture anti rouille, les barrières de fer qui entouraient sa maison. Cette maison était située dans un vieux quartier que j'aimais beaucoup. Ce travail m'a pris une ou deux semaines.
Un homme, habillé à la façon des religieux de Pologne, me regardant peindre et admirant mon travail, me demanda si j’étais prêt à travailler pour sa communauté religieuse.
Avec mon esprit aventureux, sans réflexion, sans demander la nature de ce travail, je me suis retrouvé homme de ménage. Je devais tenir propre l'endroit de prières où sa communauté se rassemblait plusieurs fois par jour pour prier.
Mon travail consistait à passer l'aspirateur sur les tapis, faire fuir la poussière, laver les endroits où cela était nécessaire. Un grand problème se présenta à moi dans l'exercice de mes fonctions. Je découvris dans l'armoire consacrée contenant les livres sacrés, des intrus.
Ces livres n'étaient pas des livres avec les formes ordinaires que nous connaissons dans les contrées européennes.
Ils étaient écrits sur des parchemins, enroulés autour d'un axe qu'il fallait dérouler pour accéder aux écritures saintes.
Je m’aperçus que des souris avaient pris possession de ce lieu et se nourrissaient en grignotant les lettres sacrées. Sans connaître les lois religieuses à appliquer au comportement de ces souris, sans consulter les Sages, j'entrepris de faire une décolonisation en commençant par de moyens doux. Voyant que la douceur n'aboutissait pas, je dus m'employer à renforcer mes actions, croyant qu'il était de mon devoir de protéger la science contenue dans ces rouleaux.
J'employais une grande énergie, à continuer la guerre contre les souris. Celles – ci avaient investi les lieux depuis longtemps et savaient résister intelligemment.
J’ai mené ce combat seul.
Cette communauté composée d'hommes aisés venant la plupart de pays anglo-saxons fut fière de moi. Cette réputation m’apporta la demande d'un milliardaire sud-africain. Il me proposait de devenir son homme de ménage personnel.
Son appartement se situait dans un gratte-ciel dans le quartier Wolson. Malheureusement pour moi, la surface du sol était de trois cent cinquante mètres carrés. Le travail était plus ardu et plus envahissant.
Cet appartement bourgeois avait moins de dignité et de spiritualité que la maison de D.ieu que j'avais nettoyée de la colonie de souris.
Je ne me souviens plus combien de temps mon emploi d'homme de ménage dura, ni comment je me suis retrouvé au chômage.
Cette institution dans ce pays avait déjà écrasé, avec sa grande bureaucratie, mon âme fragile et douloureuse.
Ma mémoire s'ouvre de temps en temps, grâce à ta lecture et à l'écho que je reçois de toi.
Dix heures quarante cinq, je ne continue pas pour ce soir, laissant le repos de la nuit faire son œuvre réparatrice et permettre le demain de continuer un récit.
AnneAnne,
Ton dernier courriel, avec tes nouvelles, m'a laissé entrevoir un mieux de ta santé. Je m'emploie du fond d’un cœur de vrai ami, à t’envoyer les souhaits de rétablissement rapide et durable.
Que ton épaule te fasse moins souffrir pour que tu puisses écrire et continuer ton journal.
Tu m’avais écrit qu’écrire quotidienne te manquait.
J'envoie l'air frais, épuré de trois jours de fortes pluies, un air froid mais transparent grâce à une sortie du soleil dans le ciel de Jérusalem.
Avec ces envois, mon amitié chaude et brillante enveloppée de pensées remplies de souhaits de santé et de joie.

Ychaï
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