jeudi 1 septembre 2016

15 novembre 2014 Roger

Jérusalem le quinze novembre deux mil quatorze à huit heures quarante.

AnneAnne,

Je dors beaucoup depuis mon arrivée ici, sans me lever du lit pendant la nuit.
J'ai écrit hier deux pages pour la reprise de l'actualité et de mes souvenirs, perdus, que je n'ai pu retrouver.
J'ai été désolé, je ne sais pas si je pourrai trouver l'élan de ces deux pages que je vais tenter de ressusciter.
Je suis allé seulement une fois au studio depuis mon arrivée.
J’ai commencé à préparer le travail de peinture que je me propose de continuer pour mon projet.
Talia est arrivée pour son cours de l'après-midi.
J'ai eu envie d'aller voir les danseuses répéter leur programme de fin d'année.
Pendant une pause, Talia a réuni ses élèves pour demander un bénévole pour faire une petite conférence sur la biographie d’Erik  Satie.
Personne ne s'étant proposé, elle m'a demandé si je voulais faire cette conférence. J’ai hésité à répondre, connaissant mes problèmes d'expression générale, en particulier avec les langues.
J'ai quand même accepté sa proposition et de faire cette conférence en hébreu.
Cette proposition a pu faire surgir les souvenirs. J’ai pu mettre en parallèle ma vie à Paris, les liens et les lieux où j’ai trouvé les points de rencontre avec la vie et les œuvres de Satie.
Je suis rentré en mil neuf cent cinquante huit à Oran, ma ville natale, sur les conseils d’André Hajdu, rencontré en mil neuf cent cinquante sept à Paris. André a eu une énorme influence sur moi.
Devant mes désirs de devenir musicien, il m'a conseillé de finir mes études générales, avant de revenir à Paris pour commencer ma vie d'artiste.
Je suis reparti pour l'Algérie, malgré mon angoisse d’être obligé d’habiter avec mes parents.
Je me suis inscrit en année de seconde dans un cours privée :  
« Cours Descartes », où je me suis lié d'amitié avec Monsieur Ubaud, professeur de français venant de Marseille.
Je me suis aussi inscrit au conservatoire de musique, où j'ai rencontré par hasard, mon ancien instituteur de classe élémentaire, devenu professeur de piano, Monsieur Pomey.
Après quelques temps, notre relation était devenue plus amicale et centrée autour de la culture.
Nous écoutions du Mozart, lisions des œuvres d’André Gide sur la plage des « Andalouses », proche du Cap Falcon.
Nos relations amicales m’ont permis d’approfondir avec lui sur la musique et la littérature.
Je raconterai plus en détails l'histoire de ces amitiés.
Monsieur Pomey, m'a invité un soir à un concert d’Aldo Cicciolini, au théâtre d'Oran, deuxième ville importante d’Algérie à posséder un théâtre très fréquenté par les bourgeois.
Le récital de ce pianiste, toujours vivant ; il devrait avoir à l'heure actuelle dans les quatre vingt dix ans, était composé de pièces pour piano du compositeur Erik Satie.
Ce fut ma première rencontre avec la musique de ce compositeur. En mil neuf cent cinquante huit.
Ma deuxième rencontre avec le parcours de ce compositeur fut, lorsque j’habitais à Paris dans un hôtel, l’hôtel « Studia », situé boulevard Saint-Germain. J’y travaillais comme veilleur de nuit pour payer mes études à la « Schola Cantorum ». C’était en mil neuf cent soixante et un.
J'étais élève avec les professeurs Ida Presti et Alexandre Lagoya, professeurs de guitare.
Je les ai remplacés quelques années plus tard, quand ils ont été nommés au Conservatoire National.
La « Schola Cantorum » était très fière d'avoir reçu Erik Satie, qui, à quarante ans, a voulu perfectionner ses études de contrepoint et d'harmonie, ayant quitté le Conservatoire National à cause le la guerre et de son ennui.
Il fut un très bon élève au Conservatoire National de Paris.
En mil neuf cent soixante trois, la direction de la « Schola Cantorum », m'a demandé de faire un concert dédié à la mémoire de Satie.
J'ai choisi de transcrire avec Aaron pour deux guitares, deux gymnopédies.
Aaron Skitrit, un ami de cours de guitare, nous avons joué ses œuvres dans la belle salle de concert, ancienne chapelle du « Couvent des Ursulines », transformé en école de musique privée par des compositeurs en révolte contre le Conservatoire National et son enseignement trop académique.  
C'était un très beau lieu, je suis resté à la « Schola Cantorum », jusqu'en mil neuf cent quatre vingt.
J'ai démissionné à la mort de mon père en mil neuf cent soixante dix neuf.
Élève, puis professeur.
La troisième rencontre avec Satie fut après avoir loué à Arcueil d'un appartement très sympathique.
J’étais aussi professeur dans le conservatoire de cette petite ville, située en bordure de Paris après la porte d’Orléans.
Erik Satie a habité vingt sept ans à Arcueil, est mort dans une toute petite chambre dans ce village.
Il a participé aux activités de la ville, était conseiller à la municipalité qu'il a fait basculer à gauche communiste.
Il avait été dans les partis de gauche avant de prendre sa carte au Parti Communiste.
Il était très apprécié des enfants et des habitants.
Personne n'était entré dans sa chambre. Seulement à sa mort, ses amis ont pu s'apercevoir dans quel dénuement il avait vécu.
La demande de Talia, à laquelle je ne m’attendais pas, m'a permis de nouer mes parcours avec ceux d’Erik Satie.
Je crois avoir fait une quatrième rencontre mais je l’ai oubliée pour l'instant.
Je n'ai pas écrit ces derniers jours. J’ai du me consacrer à l'écoute et la recherche d'informations sur Eric Satie, pour étoffer cette conférence que je devrai faire dans les semaines prochaines.
J'aimerais retrouver mes deux pages écrites hier.
Grâce à la demande de Talia, je me suis aperçu de ma proximité avec ce compositeur.
Ce lien noue aussi mon lien avec André pour des raisons musicales. André, Ligeti, Kurtag, Satie ont été les précurseurs de morceaux de musique très courts. Cette idée venant d’Erik Satie a été reprise par Kurtag.
André a fait ses études musicales avec eux à Budapest.
Il est neuf heures quarante cinq.
Je vais me préparer pour aller au studio ou pour aller voir mon cousin.
Imaginant tes déboires avec les valises, je ne veux que te souhaiter de la force et le plaisir de rentrer à « Toulouse ô ma ville ». 
Quand je pense à toi, j'entends aussi Nougaro : Toulouse et Cécile. Cécile devient Salomé dans ma folie d'associations involontaires.
Porte-toi bien. Est – ce que je peux me permettre de te demander d'embrasser Salomé de ma part ?
Je sens le climat de Jérusalem. Il me protège comme tu le sais.
T’écrire me donne des forces. Les forces de ton écoute, de tes lectures, de ton attention à mes courriels. Ces attentions renforcent mon amitié.
Ychaï.
Je ne me relis pas, ni ne me corrige, de peur de perdre ces pages.
J'ai oublié de t'écrire que « mon sang » comme intitulé avec Rosetta, signifie que ma narine droite a coulé après un mouchage trop énergique, des flots que j'ai eu du mal à stopper. Ils se sont arrêtés sur les conseils de Guy Eliahou. 
Il m’a conseillé de passer ma tête sous l'eau froide.
Et cela, ces saignements de nez se sont reproduits pendant deux jours de suite.


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