Jérusalem le quinze
novembre deux mil quatorze à huit heures quarante.
AnneAnne,
Je dors beaucoup
depuis mon arrivée ici, sans me lever du lit pendant la nuit.
J'ai écrit hier
deux pages pour la reprise de l'actualité et de mes souvenirs, perdus, que je
n'ai pu retrouver.
J'ai été désolé, je
ne sais pas si je pourrai trouver l'élan de ces deux pages que je vais tenter
de ressusciter.
Je suis allé
seulement une fois au studio depuis mon arrivée.
J’ai commencé à
préparer le travail de peinture que je me propose de continuer pour mon
projet.
Talia est arrivée
pour son cours de l'après-midi.
J'ai eu envie
d'aller voir les danseuses répéter leur programme de fin d'année.
Pendant une pause,
Talia a réuni ses élèves pour demander un bénévole pour faire une petite
conférence sur la biographie d’Erik Satie.
Personne ne
s'étant proposé, elle m'a demandé si je voulais faire cette conférence. J’ai
hésité à répondre, connaissant mes problèmes d'expression générale, en
particulier avec les langues.
J'ai quand même
accepté sa proposition et de faire cette conférence en hébreu.
Cette proposition
a pu faire surgir les souvenirs. J’ai pu mettre en parallèle ma vie à Paris, les
liens et les lieux où j’ai trouvé les points de rencontre avec la vie et les
œuvres de Satie.
Je suis rentré en mil
neuf cent cinquante huit à Oran, ma ville natale, sur les conseils d’André
Hajdu, rencontré en mil neuf cent cinquante sept à Paris. André a eu une énorme
influence sur moi.
Devant mes désirs
de devenir musicien, il m'a conseillé de finir mes études générales, avant de
revenir à Paris pour commencer ma vie d'artiste.
Je suis reparti
pour l'Algérie, malgré mon angoisse d’être obligé d’habiter avec mes parents.
Je me suis inscrit
en année de seconde dans un cours privée :
« Cours
Descartes », où je me suis lié d'amitié avec Monsieur
Ubaud, professeur de français venant de Marseille.
Je me suis aussi
inscrit au conservatoire de musique, où j'ai rencontré par hasard, mon ancien
instituteur de classe élémentaire, devenu professeur de piano, Monsieur Pomey.
Nous écoutions du
Mozart, lisions des œuvres d’André Gide sur la plage des « Andalouses »,
proche du Cap Falcon.
Nos relations
amicales m’ont permis d’approfondir avec lui sur la musique et la littérature.
Je raconterai plus
en détails l'histoire de ces amitiés.
Monsieur Pomey,
m'a invité un soir à un concert d’Aldo Cicciolini, au théâtre d'Oran, deuxième
ville importante d’Algérie à posséder un théâtre très fréquenté par les
bourgeois.
Le récital de ce
pianiste, toujours vivant ; il devrait avoir à l'heure actuelle dans les
quatre vingt dix ans, était composé de pièces pour piano du compositeur Erik
Satie.
Ce fut ma première
rencontre avec la musique de ce compositeur. En mil neuf cent cinquante huit.
Ma deuxième
rencontre avec le parcours de ce compositeur fut, lorsque j’habitais à Paris
dans un hôtel, l’hôtel « Studia », situé boulevard Saint-Germain. J’y
travaillais comme veilleur de nuit pour payer mes études à la « Schola
Cantorum ». C’était en mil neuf cent soixante et un.
J'étais élève avec
les professeurs Ida Presti et Alexandre Lagoya, professeurs de guitare.
Je les ai remplacés
quelques années plus tard, quand ils ont été nommés au Conservatoire National.
La « Schola
Cantorum » était très fière d'avoir reçu Erik Satie, qui, à quarante ans,
a voulu perfectionner ses études de contrepoint et d'harmonie, ayant
quitté le Conservatoire National à cause le la guerre et de son ennui.
Il fut un très bon
élève au Conservatoire National de Paris.
En mil neuf cent
soixante trois, la direction de la « Schola Cantorum », m'a demandé
de faire un concert dédié à la mémoire de Satie.
J'ai choisi de
transcrire avec Aaron pour deux guitares, deux gymnopédies.
Aaron Skitrit, un
ami de cours de guitare, nous avons joué ses œuvres dans la belle salle de
concert, ancienne chapelle du « Couvent des Ursulines », transformé
en école de musique privée par des compositeurs en révolte contre le
Conservatoire National et son enseignement trop académique.
C'était un très
beau lieu, je suis resté à la « Schola Cantorum », jusqu'en mil neuf
cent quatre vingt.
J'ai démissionné à
la mort de mon père en mil neuf cent soixante dix neuf.
Élève, puis
professeur.
La troisième
rencontre avec Satie fut après avoir loué à Arcueil d'un appartement très
sympathique.
J’étais aussi
professeur dans le conservatoire de cette petite ville, située en bordure
de Paris après la porte d’Orléans.
Erik Satie a
habité vingt sept ans à Arcueil, est mort dans une toute petite chambre dans ce
village.
Il a participé aux
activités de la ville, était conseiller à la municipalité qu'il a fait basculer
à gauche communiste.
Il avait été dans
les partis de gauche avant de prendre sa carte au Parti Communiste.
Il était très
apprécié des enfants et des habitants.
Personne n'était
entré dans sa chambre. Seulement à sa mort, ses amis ont pu s'apercevoir dans
quel dénuement il avait vécu.
La demande de
Talia, à laquelle je ne m’attendais pas, m'a permis de nouer mes parcours avec ceux
d’Erik Satie.
Je crois avoir
fait une quatrième rencontre mais je l’ai oubliée pour l'instant.
Je n'ai pas écrit
ces derniers jours. J’ai du me consacrer à l'écoute et la recherche
d'informations sur Eric Satie, pour étoffer cette conférence que je devrai
faire dans les semaines prochaines.
J'aimerais
retrouver mes deux pages écrites hier.
Grâce à la demande
de Talia, je me suis aperçu de ma proximité avec ce compositeur.
Ce lien noue aussi
mon lien avec André pour des raisons musicales. André, Ligeti, Kurtag, Satie ont
été les précurseurs de morceaux de musique très courts. Cette idée venant
d’Erik Satie a été reprise par Kurtag.
André a fait ses
études musicales avec eux à Budapest.
Il est neuf heures
quarante cinq.
Je vais me
préparer pour aller au studio ou pour aller voir mon cousin.
Imaginant tes
déboires avec les valises, je ne veux que te souhaiter de la force et le
plaisir de rentrer à « Toulouse ô ma ville ».
Quand je pense à
toi, j'entends aussi Nougaro : Toulouse et Cécile. Cécile devient Salomé dans
ma folie d'associations involontaires.
Porte-toi bien.
Est – ce que je peux me permettre de te demander d'embrasser Salomé de ma
part ?
Je sens le climat
de Jérusalem. Il me protège comme tu le sais.
T’écrire me donne
des forces. Les forces de ton écoute, de tes lectures, de ton attention à mes
courriels. Ces attentions renforcent mon amitié.
Ychaï.
Je ne me relis pas,
ni ne me corrige, de peur de perdre ces pages.
J'ai oublié de
t'écrire que « mon sang » comme intitulé avec Rosetta, signifie que
ma narine droite a coulé après un mouchage trop énergique, des flots que
j'ai eu du mal à stopper. Ils se sont arrêtés sur les conseils de Guy
Eliahou.
Il m’a conseillé
de passer ma tête sous l'eau froide.
Et cela, ces
saignements de nez se sont reproduits pendant deux jours de suite.
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