lundi 1 août 2016

27 septembre 2014 Roger 1

Jérusalem le vingt sept septembre deux mil quatorze.
Ma mère.

Historique.
Au fil des années, j'ai accumulé esquisses et tableaux de formats différents à l'huile, ainsi que divers média.
J'ai la mauvaise habitude de, après avoir fini les peintures ou autres actions créatrices on non, de ne pas les classer, de ne pas les corriger, souvent de les oublier, puis de par hasard les retrouver.
J'avais eu l'intention malgré tout de les classer en séries et de leur donner des titres comme si c'était des livres :
Le « Livre de l'Amour » en « PPP », (Peintures, Poèmes, Palimpseste), fini, exposé.
Le livre Eurythmie, fini, exposé une fois, destiné à un autre emploi.
Le livre de la mer, commencé, mais n'a pas été fini.
Le livre des BB jusqu'à cent vingt, qui est fini mais à la recherche recherche d’un éditeur.
Peu à peu, depuis deux ans, plusieurs idées me sont venues à l'esprit pour donner à ces œuvres une possibilité d'être réunies et conservées.
L'idée d'une grande exposition où je pourrais les présenter avec d'autres formes artistiques comme la danse, la poésie, la musique, la danse, également utiliser des vidéos et des diaporamas.
Une envie de transformer la présentation de peintures traditionnellement exposées sur des murs, en un grand événement multi média.
Une exposition où la manière de voir serait différente en conduisant le public à travers un labyrinthe formé d'une allée principale où seraient parsemées de petites impasses servant de places où se tiendraient ces autres formes artistiques.
Le labyrinthe serait construit par des tentures-peintures qui formeraient les chemins, un danseur accompagnant le public.
Une musique composée pour ce parcours ainsi qu'un jeu de lumière, s’arrêtant à certains endroits pour laisser la place à des artistes ou à des projections.
Le public serait ainsi enveloppé, le labyrinthe ayant la fonction symbolique de la caverne, de l'utérus, ce qui donnerait ainsi une autre explication au titre que j'ai donné : « Ma Mère. »
Dans l'activation de ce projet, j'aurais inclus et résolu les problèmes qu'un artiste, même inconsciemment, se pose pour la conservation ainsi que l'exposition de son travail.
J'ai été, pendant une période de vide créateur confronté au problème de l'avenir de toutes mes activités artistiques. Je suis arrivé à reprendre ces activités en comprenant que ces réflexions étaient stériles.
Toute ma vie, je n'ai pas été trop occupé par ce que l'on appelle une carrière, mais plutôt par une recherche spirituelle et analytique. Le combat entre l’éthique et l’esthétique.
J'ai analysé cette décision et ce désir d'être un artiste datant de l'enfance par ma difficulté de vie dans le monde et ma maladie.
Je m'aperçois que dans mon œuvre picturale, il y a très peu de paysages et de natures mortes, mais surtout des figures des nus. Des formes où le combat entre la ligne et la courbe, le féminin et le masculin se déroulent, révélant une ouverture sur un inconscient qui a conduit mon œuvre.
Les problèmes de mon enfance, mes difficultés d'adaptation, mes manques et mes demandes, mes revendications affectives transparaissant à travers mon parcours.
Ces constatations, ma recherche d'un changement, ma compréhension analytique et artistique sont devenues plus transparentes.
Ce projet tente de résoudre mes tendances de vouloir :
- Toujours assembler, rassembler, mélanger. Ne pas pouvoir me séparer et jeter.
- Une impossibilité de séparer ma vie affective de mon œuvre et de mes relations.
- La tentation de résoudre ces problèmes en les transposant dans ce projet.
- Une tendance à ne pas choisir, ne pas jeter.
- Un dégoût d'une certaine forme de répétition.
Je donnerai plus tard une suite.


26 septembre 2014 Roger

Le vingt six septembre deux mil quatorze.
Numéro vingt cinq.

Suite des listes

Jérusalem le vingt six septembre deux mil quatorze à dix heure quarante cinq.
AnneAnne,
Nous avons commencé notre relation épistolaire en sortant peu à peu de l'idée que tu avais proposée, m'aider à maîtriser les manipulations de l'ordinateur, en me demandant des renseignements sur ma courte expérience de l’Algérie, pays où je suis né, dans la très belle ville d'Oran, deuxième ville en importance du pays après Alger.
Je n'ai pas connu toutes les beautés de ce pays, étant parti en mil neuf cent cinquante six à l'âge de quinze ans. Je n'aimais pas les manières que les gens avaient de se comporter. Je n'ai pas connu les arabes qui peuplaient ce pays. Je n'ai vu que les femmes qui travaillaient dans l'appartement de mes parents, ainsi qu’un ouvrier, conducteur de charrette à cheval. Il livrait les casiers de bouteille de vin dans les cafés du village où habitait la sœur de ma mère, Rolande, mariée à Albert K. Albert possédait un ferme et une cave où il fabriquait du vin.
J'aimais beaucoup cet ouvrier, très gentil avec moi, qui me permettait de l'aider à boucher les bouteilles et à mettre les étiquettes. A mon grand bonheur, il m'emmenait avec lui faire les tournées en charrette, durant lesquels il me permettait de tenir les rennes était attachées au mord du cheval. Je l'aidais aussi à entretenir l'écurie qui servait d'appartement à ce cheval. Il y avait au fond de cette cave le bureau de mon oncle qui, après quelques marches en bois, donnait sur une porte s'ouvrant sur une courette. Cette cour donnait à la cuisine de ma tante où elle s'activait avec ma grand-mère, tôt le matin. J avais l'impression dans cette cuisine d'être dans le miracle d'une chaleureuse attention où l'on m'accordait une liberté totale et affectueuse, ce que je ne sentais pas dans la cuisine de ma mère. Ma mère n'aimait pas les travaux ménagers. Elle préférait les conversations téléphoniques du matin avant de descendre après le repas de midi aider mon père dans le magasin. Ce magasin, dont le nom était « Luxia », était rempli de vêtements uniquement féminins, qui, à part les gants, les objets étranges par rapport à la chaleur du pays, les pull-overs, contenait toutes sortes de soutien-gorge, culottes, bas nylon, lingerie érotique mais très correcte, nuisettes et j'en oublie. Ce que j'aimais le plus dans ce magasin était un escalier en bois qui tournait pour arriver à la soupente, caverne d'Ali Baba pour moi, où était la réserve et les mannequins en celluloïd, qui imitait les formes féminines. Le celluloïd avait une odeur que je n'aimais pas. J'aimais aussi la machine à calculer de mon père qui avait un cliquetis particulier.
Ma grand-mère Rosine Sportes était veuve de guerre, mon grand-père Aaron est mort à côté de Verdun où il est enterré dans un cimetière militaire. Ma mère n’a donc pas conne son père, ma grand-mère étant enceinte quand il est mort. Son nom de jeune fille était Rosine Saiman. Le nom Sportes, les six portes de Barcelone, désigne les juifs expulsés d'Espagne par Isabelle la catholique en 1500. Il veut dire « les Six Portes », c’était un de noms de la ville de Barcelone. Je pense, Chicheportiche, Saportas, Sportes, que ces noms ont été pris par les expulsés pour ne pas oublier leur long séjour en Espagne. Venant de Barcelone, ils sont descendus par la côte pour arriver au Maroc, alors Maroc espagnol. Ils sont restés jusqu'à l'ouverture des frontières à la fin de la conquête par les français de l’Algérie. Je ne sais que ces petits renseignements. Je n'ai pas reçu plus de détails de ma généalogie, n'ayant connu que ma grand-mère maternelle, très affectueuse mais ne parlant pas beaucoup. Je n'avais pas de grands-parents paternels, mon père ayant perdu ses parents à l'âge de quatorze ans. Mes parents, aussi, ne parlaient pas beaucoup en général et en particulier pour nous raconter l'histoire des nos ancêtres.
Je suis dans une certaine ignorance. Je n'ai pu avoir que de petits renseignements de la part de mon cousin germain, Claude, fis d'un des frères de mon père.
Je regrette ce silence et de n'avoir pas eu plus d'informations.
AnneAnne,
Mes souhaits toujours sincères,  une amitié simple et chaleureuse, affectueuse et attentive.
Ychaï.


25 septembre 2014 Anne 2

Cher Ychaï,

La vraie correspondance, c'est quand chacun tisse sa toile avec les images que l'autre envoie. Je raconte, tu images, et vice versa. Pas besoin de photo. Nous nous envoyons des mots ricochets.
Tu pourrais t'amuser à ça, penser à quelque chose, l'écrire, voir à quoi ça te fait penser, l'écrire, etc…
Je ne ricoche pas beaucoup. Je suis préoccupée pour faire comprendre à Luc que les temps ont changé.
Comment vivre sans se projeter dans la maladie, en arrêtant de faire un tas de choses pas prudentes quand on adore l'imprudence, l'improvisation, et surtout, garder l'image mentale de ses 20 ans.
Luc ne pourra jamais vivre en imaginant.

A plus tard ami dansant.

AnneAnne


25 septembre 2014 Roger 2

Vingt cinq septembre deux mil quatorze.
Numéro vingt quatre bis du vingt cinq septembre deux mil quatorze.

L'ennui, le rêve.


Jérusalem, le jeudi vingt cinq septembre deux mil quatorze à quinze heures cinquante.

AnneAnne,

Ce long courriel me donne signe que ton épaule va mieux, le côté plein de la bouteille. J'espère que ce mieux deviendra beaucoup mieux. C'est mon côté espérance.
J'ai retenu l'image de Toulouse, qui va alimenter ma banque d'images (non numérique), me faire rêver de Toulouse, une ville que j'aime beaucoup, et me préciser ta position géographique. Marseille, Toulouse, campagne avec table en bois et dos tourné, fil de fer électrique avec vaches et herbe verte, quelques arbres pruniers, pas de palmiers, un muscle maigre, la porte du jardin, pas de taureau, pas de chèvres.
Et Danielle, Toulouse, Nougaro, la vieille ville…
J'ai une Daniella, que je vois assez régulièrement depuis vingt ans.
Dans les papiers de la sécurité sociale, je suis classé obèse. Mais en me pesant ce matin sur ma balance récupérée dans la rue, elle affiche deux kilogramme de moins que celle du docteur D.mon généraliste. Né à Tlemcen, il est le médecin qui rit avec moi après trente ans de souffrance avec les autres médecins. En me pesant ce matin j'ai perdu un kilo. Je lutte pour descendre jusqu'à soixante cinq.
Je suis entouré avec Anne P. dont je suis le body pour la médecine crano-sacrale.
Une ancienne élève m'a retrouvé, Anne-Claire. Avec elle j’essaye d'écrire un livre sur la métaphysique de l'improvisation dans l'éducation musicale. Mais venant d’accoucher, elle n'a pas encore trouvé de temps pour notre projet. Elle m'envoie des photos de son bébé et de sa famille.
Hanna, la femme d'une connaissance ancienne qui ne sait pas devenir ami avec moi, qui est le frère de Carine. Il ne sait pas tenir ses promesses et ment en disant qu'il est très occupé. J'essaye de rompre avec lui depuis plus de quelques années, mais je ne le fais pas car je ne veux pas rompre (mon problème de la séparation). Une sagesse pour laquelle je travaille, ayant compris qu'il n'y a pas de rupture véritable.
Mais il n'y a qu'une AnneAnne, que je ne veux pas ennuyer. Je ne veux pas qu'elle pense que ses courriels d'histoires anciennes ou contemporaines m'ennuient.
J'aimais les ennuis de mon enfance. Ils m'ont permis de rêver.
Il y a aussi Henri, mon frère. Il vient d'arriver pour passer les fêtes avec ses enfants.
Netanel, Avidan et Hovav, les enfants de ma sœur.
J'ai connu aussi Danielle dans le groupe de Meir. Il s'est fâché avec moi, parce que je lui disais que je n'aimais qu'elle me coupe la parole.
Une autre cousine de Nice, Danielle qui m'a téléphoné pendant les événements de ces derniers temps, qui ne me laisse pas parler, engluée dans la nostalgie pied-noir.
Dans mes projets, je voudrais faire une liste des noms que j'ai connus. Heureusement, j'ai gardé tous mes carnets d'adresse, ainsi qu’une liste des livres que j'ai dans ma bibliothèque, incluant ceux que j'ai prêtés et qui n'ont pas été rendu. Je ne me souviens pas desquels car dans mon innocence, j'ai confiance en l’honnêteté des personnes.
Avec l'image que tu as donnée de Danielle, une foule de personne sont apparues.
Daniel, mon voisin du deuxième étage de la rue Pélissier. Je l'ai accompagné en Allemagne en « deux-chevaux » après qu'il ait dragué une allemande quand nous nous promenions dans la rue où un petit théâtre joue depuis cinquante ans « La Cantatrice Chauve » d’E. Ionesco. Il est mort d'alcoolisme quand sa femme l'a quitté. Je me sens triste d'avoir consenti à satisfaire sa demande. Si je n'avais pas accepté, est-ce que cela aurait changé le cours de sa vie ?
Dans ce voyage en hiver la nuit, mes pieds étaient tellement froids, la fatigue augmentant la non visibilité, je suis rentré dans un rond-point, je ne me suis pas arrêter, la voiture a continué sa route. Après ce voyage, je ne l'ai pas revu, sauf quelques années après. Il m'avait invité à voir sa femme et ses enfants.
Daniel était le frère de Nicole, la femme de Guy avec qui j'ai renoué des relations par hasard, lui ayant donné un coup de coude sans m'en apercevoir. Il était assis à la table à côté, au café de chez Isaac, boulevard de « la Maison du Pain ». Il ne voit plus bien, seulement sur les côtés.
La semaine dernière, il m'a invité chez lui. Sa femme était en déplacement. Il m'a demandé de lui lire dans dictionnaire qu'il avait acheté en France afin de savoir l'origine du Djihad. Cette semaine, il m'a téléphoné, enthousiasmé par l'écoute de la passion selon l'évangile de Matthieu de J.S.Bach. Il voulait que je lui lise cet évangile. Il ne peut plus lire.
Ha! Toulouse, je rêve encore. Cette ville m'a plu.
Les images passent avant la pensée. Les mots que tu écris alimentent une imagination qui, je sais, ne correspond pas à ta ou à la réalité, mais qu'importe, parce que je souris. J'espère tu vas sourire sans penser à ton épaule et aux muscles. Il paraît que le sourire et le rire sont les meilleures thérapeutes ou thérapies.
Mon délire pourrait continuer. Je n'ai pas pensé que ces histoires pourraient t'ennuyer.
Te faire sourire pour qu'entre les lettres, l'amitié se faufile et donne plus de transparence à cette toile d'araignée. Comme tu écris, pas la toile, celle de l'internet.
Ha ! Ha ! Ha !

Ychaï.

Je ne suis pas sorti aujourd'hui.


25 septembre 2014 Anne 1

Cher Ami

Les mots sont pesés.

Je reconnais l'importance d'une relation au fait qu'elle s'intègre dans ma vie comme si elle était là depuis toujours.
Quand je lis tes mails, j'ai un sourire intérieur.
Ah ! Rien ne m'étonne, tout me séduit, y compris ta façon de raconter, les petites phrases anecdotiques qui se posent là comme des papillons.

Je suis très contente que tu aies été un élève nullissime en informatique. Parfois je me demandais pourquoi je continuais, mais j'en avais fait une affaire personnelle.
Je ne me souviens plus comment nous avons basculé dans autre chose, ça n'importe pas, je pense que j'ai toujours une intuition inconsciente de ce qui va arriver après, si je sens que c'est important.

Luc s'est déchiré un muscle. Il est très content parce que pour lui c'est moins grave qu'une entorse. Son ostéopathe, qui est une vieille connaissance de mes années d'hôpital à Toulouse. Pendant mon heure de pause, elle rééduquait mon genou, puis mon coude, je faisais traîner et ça durait des mois. Et on avait sympathisé, et je la retrouve ici dans ce « trou du cul du monde », incroyable.
Je lui ai posé la question qui tue : « Est-ce que la maladie de Luc favorise les déchirures de ses muscles ? » Elle a répondu : « c'est évident », phrase qui m'est entrée dans l'oreille mais que j'ai vu partir vers celle de Luc, et partir en vol plané au-dessus de sa tête.
Danielle vient de divorcer pour la 3ème  fois. Elle reconnait qu'elle attire les mecs tordus, et qu'elle est attirée vers eux, toujours à l'aise dans un rôle de salvatrice. Mais elle finit par devenir une maman asexuée et impuissante à gérer quoi que ce soit. Elle a mon âge. Elle a deux enfants. L'un vit au canada, a 3 enfants. Sa fille vit à Toulouse, relation « polie ». Enceinte. Je lui ai dit « ça en fait des petits enfants ». Elle a répondu : « Que je ne vois pas, je suis une grand-mère pour rire. »
Elle est comme toi, elle doit perdre du poids. Je n'ai pas osé lui parler du frisson.
Elle m'a fait rire : « J'ai choisi la diététicienne la plus grosse. »
Ella a été opérée il n’y a pas longtemps. Il fallait qu'elle ne soit pas seule la première nuit. Sa fille a refusé de la prendre. C'est le frère de son ex qui lui a prêté un appart, où elle s'est retrouvée seule, sans rien à manger et sans calmant. Elle dit qu'elle n'a pas besoin de réfléchir à sa vie, juste, constater le vide.
Sa situation m'a rendue triste.

Je me sens de moins en moins mal, mais c'est une manière de voir la bouteille à moitié pleine, plutôt qu'à moitié vide, qui correspond mieux à la réalité. Je pense qu’une nouvelle séance va remettre les choses en place. Mais j'en veux à Luc d'avoir compromis connement nos petites marches dans la campagne. Seule ça ne me dit rien.
J'espère que je ne t'ennuie pas avec mes histoires.
Je t'embrasse encore parce que c'est bien de t'avoir.

AnneAnne


25 septembre 2014 Roger 1

Une réponse de silence.
Numéro vingt quatre du vingt cinq septembre deux mil quatorze.

Jérusalem, le jeudi vingt cinq septembre deux mil quatorze, à dix heures trente.

AnneAnne,

Je te lis. Je pense à toi, en silence. Je pense à tes problèmes. Le silence rempli, meilleur moyen de ne pas dire ou écrire des choses vides.
Je complète la liste des instruments :
-Violon… Oubli du nom, la mort a motivé mon changement d'instrument.
-Guitare…J’ai oublié ou je n’ai jamais su.
-Piano et solfège : Monsieur Pomey, conservatoire et privé.

Il était mon instituteur dans une classe élémentaire. Je l'ai retrouvé au Conservatoire d'Oran en 1958. Nous avons tissé des relations amicales. J'allais chez lui pour l'entendre jouer du Mozart. Nous allions à la plage des Andalouses, où nous parlions de littérature et nous lisions de Gide.
J'ai acheté ensuite toute la collection reliée des œuvres de Gide que je possède encore. Cela me permet, chaque fois que je passe devant ma bibliothèque, de penser à Monsieur Pomey et à mon neveu Netanel. Gide a écrit un livre qui s’appelle Netanel.
J'avais trouvé un élève de guitare, faisant son service militaire sur un bateau basé dans le port D'Ain El Turc. Je l'avais présenté à Monsieur Pomey qui l'hébergeait quand il pouvait sortir de son bateau. Monsieur Pomey était divorcé. Chose rare à l'époque, il correspondait avec son fils qui habitait en France, en lui envoyant des bandes magnétiques où il enregistrait sa voix. Il habitait la rue qui descendant vers le Lycée Lamoricière. Une rue que j'aimais quand elle commençait et passait devant l'appartement de Monsieur Pomey, mais que je détestais au fur et à mesure qu’elle se rapprochait du lycée.
Je n'ai plus eu de nouvelles. Comme il était de gauche, il a voulu rester en Algérie. Je ne sais pas s'il était né en Algérie.
-Guitare à Strasbourg, école de Fernandez Lavie.
-Guitare à Paris, école Paul Beucher.
Voila que je me souviens de nom du professeur, Roche. Je ne suis pas sûr, je confonds peut-être avec l'église Saint- Roche, où nous chantions avec la chorale du Carpentier et de la messe.
-Guitare avec Ida Presti et Alexandre Lagoya, dans un bâtiment très beau et ancien, un ancien couvent, Couvent des Ursulines.
-Solfège et histoire de la musique avec « je ne me souviens pas », mais que j'aimais beaucoup, et qui donnait des devoirs intéressants à faire, comme par exemple, inventer le programme musical d'un festival.

-Cor d'harmonie au Conservatoire National avec Monsieur Devemy.
-Cours de chant avec un ténor, « je ne me souviens pas », rue de Madrid.
-Pipa avec Cheng Shiu-Cheng dans les locaux de l'école de musique orientale dirigée par Monsieur Tran Van Khé.
-Dan Tran avec le professeur Tran Van Khé. Je ne sais pas pourquoi le nom de l’instrument contient « Tran » comme le nom « Tran Van Khé ».
-Zarb ou dom bak qui sont les deux sons de base de cet instrument, « dom » le son grave et « bak » le son aigu, avec Djamchid Chemirani que je vais revoir à Saint Maime, j'espère bientôt.
La famille Chémirani est devenue très importante et proche pour moi. Je dois consacrer un espace particulier et long pour raconter mes aventures avec eux.
-Setar avec Darius Talaï (« You Tube »), également devenu un ami, que j'ai connu chez les Chem's.
-Solfège à nouveau, études plus poussées avec « je ne souviens pas », près du boulevard Saint-Germain.
-Guitare avec Szendrey Carper à Budapest et cours généraux de musique avec « je ne souviens pas » que j'aimais plus que Carter.
Une année à Budapest avec un concert que j'ai donné, malgré mon temps passé avec Miki à boire du café « Expresso » fantastiquement bon, dans les cafés et chez ses amis. La Hongrie était très en avance sur les « Expressos ». Ils étaient d’une qualité de supérieure à celle des cafés d'Europe, le café venant de Cuba. Le café était la « boisson » la plus populaire avec la bière et le Palinka, boisson distillée avec des prunes.
-Enseignement de guitare, puis de zarb, formation de groupes pour jouer les arrangements de chansons du répertoire judéo-espagnol en langue ladino en Israël.
-Etude du hautbois avec « je ne souviens pas », surtout pour arrêter de fumer, puis quelques concerts avec cet instrument accompagné d’un chanteur qui nommé Sanders « quelque chose », pas très bon chanteur. Notre répertoire était composé de mes arrangements de musique ladino et yiddish.
-J’ai participé pendant dix ans au groupe de musique javanaise, le Gamelan, de l'Université de Jérusalem. Les instruments sont des métallophones (gongs et vibraphones) que nous devions jouer à tour de rôle. Nous donnions plusieurs concerts par an. J'étais très heureux dans ce groupe qui s'est dispersé depuis dix ans.
- La harpe de David, qui ressemble à une harpe celtique, que j'ai pratiquée en autodidacte.
-Koto japonais, grande cithare sur table, que j'ai joué surtout pour les concerts avec le groupe de musique contemporaine, dirigé par Stephen Horenstein.
Il est possible que certains instruments que j'ai pratiqués remontent à ma mémoire.



Suite à plus tard,
Je fatigue un peu mais mon amitié ne fatigue pas.

Chère Amie,
Grande et profonde, proche et attentive, dont les conseils sont précieux et dont la lecture généreuse, me rendent sensible et reconnaissant.
Ychaï


23 septembre 2014 Roger

Numéro vingt trois du vingt trois septembre deux mil quatorze
Qui peut dire où vont les fleurs du temps qui passe ?

Jérusalem le vingt trois septembre deux mil quatorze à six heures cinquante cinq.

AnneAnne,

Est-ce que je peux écrire sur toutes les sortes de frissons ?
Le frisson de l'attente. L'attente de la rencontre. L'attente d'un courriel. L'attente de penser que l'on peut guérir. Toutes sortes d'attentes qui me tiennent en vie.
Peut-on ainsi dire ?
Après la mort de mon professeur de violon, j'ai attendu un peu pour vendre mes violons.
Sans le comprendre, la Mort a, si je me souviens bien, fait arrêter mes études de musique.
Je veux dire cette souffrance de perdre la personne à laquelle on s'est attaché. Apprendre, pour moi, passe par la relation affective.
Peut-on apprendre sans cette fibre ?
Un peu plus tard, ce fut la mort brutale d'Ida Presti, alors que j’étais étudiant avec elle et avec Alexandre Lagoya.
C'était à Oran. Je devais être âgé de douze ans environ. Tu sais que les dates ne sont pas précises.
Je suis allé, seul, sans aide, sans avoir demandé à personne, vendre mes deux petits violons dans un magasin de musique que je revois encore dans ma banque d'images intérieures.
J'ai ensuite acheté ma première guitare. Je ne me souviens plus si c'était dans le même magasin. J'ai cherché un professeur pour cet instrument. J'ai trouvé une femme habitant une loge de concierge. Elle avait joué de la mandoline pour accompagner son mari clown.
Ils avaient, pour leur retraite, trouvé cet abri. Elle enseignait dans une soupente qui se trouvait dans leur loge de concierge.
Arrivé à Strasbourg en mil neuf cent cinquante six, j'ai cherché à continuer mes études de musique et de guitare, ayant l'impression que c'était la seule grande chose qui m’intéressait et me permettait de surmonter ma mélancolie. J'ai trouvé une école de guitare dirigée par Fernandez Lavie.
Arrivé à Paris, j'ai étudié boulevard Beaumarchais, où se trouvait un grand magasin d’instruments de musique. Ce magasin existe toujours. Au premier étage se trouvait une école. Après un an, j'ai découvert la « Schola Cantorum », école au sein de laquelle j'ai fait la plus grande partie de mes études de musique.
Je suis resté plus de vingt ans dans cette école. Elle est située rue Saint Jacques, proche de l’hôpital du Val de Marne où j'ai été ensuite réformé de l’armée en mil neuf cent cinquante huit.
Je suis passé de l'état d'étudiant avec Ida Presti et Alexandre Lagoya à celui de professeur jusqu'à ma démission, vers mil neuf cent soixante quinze – soixante dix huit.
A part cette démission volontaire, je garde un souvenir peut-être inexact d'avoir toujours été renvoyé de quelque part.
J'ai pris des cours particuliers avec une vielle fille dont je ne me souviens pas le nom, d'harmonie et de déchiffrage. Je me souviens presque du nom de la rue dans ce quartier du cinquième arrondissement. Une rue qui aboutissait sur le boulevard Saint Germain.
Si je n'étais pas angoissé par les dictionnaires, les annuaires et les plans, je chercherais le nom de cette rue.
Je rêvais d'étudier au Conservatoire National de Musique. Mais comme à cette époque il n'y avait pas de classe de guitare, j’y suis entré en apprenant le cor d'harmonie, cet instrument à vent qu'enseignait Monsieur Devémy.
J'habitais et je travaillais comme gardien de nuit à l'hôtel Mac-Mahon.
J'ai aussi étudié le chant avec un professeur, qui se trouvait à côté du conservatoire de la rue de Madrid. Je me souviens avoir appris « La Ci Darem La Mano », un air de l'opéra « Don Juan » de Mozart.
Je suis entré en mil neuf cent cinquante huit à l’Ecole des Hautes Etudes Sociales et Pratiques, la seule université où l'on pouvait étudier sans le bac, avant celle de Vincennes en mil neuf cent soixante huit. Mon sujet d'études était une thèse sur la guitare. J'ai écrit quelques pages, puis j'ai changé de sujet au bout de deux ans, ayant rencontré le professeur Tran Van Khé, un musicien et un savant vietnamien, directeur de l'école de musique orientale.
Enthousiasmé par la découverte des musiques orientales, j'ai appris avec lui le Dan Tranh, cithare sur table avec douze cordes que l'on joue avec des plectres passés dans le pouce et l'index pour la main droite et en appuyant les deux doigts de la main gauche sur les cordes. La forme de cet instrument est belle. J'ai donné mon instrument à Hadany, mon ami sculpteur, pour son anniversaire, il y a deux ans. Ce fut une erreur car au lieu de l'accrocher comme objet décoratif, il l'a jeté dans un coin. J’en suis blessé. J'attends toujours de trouver un motif pour le récupérer.


Je dois sortir pour être « body ». Je continue tout à l'heure.