lundi 22 août 2016

13 octobre 2014 Anne

Cher Ychaï

Drôle de penser à ça. J'ai toujours su que je ne reviendrais jamais là-bas.
J'ai un fantôme amical qui va aller sur mes traces !
Troublant, et émotionnant…

Mon amitié spéciale pour ce fil qui zigue et zague entre nos vies.


AnneAnne

13 octobre 2014 Roger

Bonjour,

Il faut appendre avec un doigt à écrire.
Début de ma première journée, après un voyage long et ennuyeux. Je peux presque aller chez le cor bustier à pied de là où j'habite.
Je pense partir chez les Chem's mercredi.
J'espère que tu vas bien ? En attendant de t'envoyer un courriel plus descriptif, je commence une double vie, celle de Roger et celle du fantôme.
A travers mon regard, mes amitiés curieuses et chaleureuses.


Ychaï


R.Benichou.Ychaï

12 octobre 2014 Roger

AnneAnne

C'est étrange, je n'aimerai pas qu'on se rencontre en vrai
Je préfère nos rendez-vous épistolaires, ces rencontres qui s'inscrivent en images qui ne sont pas nous, mais quand même, si.
Bon, je n'avais pas compris l'idée de ta dernière liste, qui m'a rappelé les listes de péchés qu'il fallait avoir bien en tête avant de se confesser…
Je n'arrêtais pas de faire des conneries, mais je ne considérais pas ça comme des péchés, je préférais en inventer.
Je crois que ces confessions auxquelles nous sommes obligés par le catholicisme m'ont donné très tôt le sens du secret, de la vie privée.
Je trouve très pervers qu'une religion aie un sacrement qui permette de pécher, c'est à dire aller contre ses principes personnels, sachant qu'on se confesse après et qu'on oublie tout.
Si mes parents avaient oublié aussi facilement que Dieu !



12 octobre 2014 Anne

Pas le temps de me raconter plus.
Depuis le parc tu verras d'autres escaliers, j'en connais chaque coin et recoin.
Il y a aussi à l'extérieur, à gauche et à droite de l'entrée, des niches dans lesquelles on passait des heures, assis en bas ou en haut.

Bon voyage, je te raconterai des trucs à ton retour.
Ca me ferait plaisir que tu ailles devant les portes 138 et 240.
Un pèlerinage par fantôme interposé.
Tu seras là, mais j'y serai aussi grâce à toi.
Je t'embrasse.

AnneAnne



11 octobre 2014 Anne

Cher Ychaï

Cette auto flagellation te ressemble si peu que j'espère ne pas me tromper en y voyant une légère ironie.
Que tu m'ennuierais si tu n'étais celui que tu es !
Ne change pas !

J'espère pouvoir reprendre ce mail plus tard avec des photos du Corbusier.
Je t'envoie aussi un début de réponse commencé hier, sur l'endroit dont tu parlais sur la corniche, et que je connais très bien, mes parents habitent à 2 pas.

Le bus se prenait à la préfecture, terminus du n°22 qui te laisse devant l'entrée du parc.
Je te signale aussi, sur le trottoir d'en face, le conservatoire de musique dans un bel hôtel du XVIII, et avec son jardin que j'ai découvert par hasard, lors de mes derniers voyages. Le jardin est public, et tu peux même tenter ta chance et essayer d'entrer au conservatoire. Mais en général, après avoir capté les sons à la fois étouffés et mêlés, je préférais m'asseoir à côté de la fontaine qui est près de l'entrée, ou me promener dans les allées.

Au Corbusier, j'ai vécu au 138, 1er étage et au 240, 2ème étage
Les escaliers cachettes, on les trouve au fond à gauche et à droite de chaque rue (étage). Ensuite il y en a un spécial au 3ème, étage des commerces. Il faut aller au bout de l'allée des commerçants, et puis dans le « jardin d'hiver » qui s'appelle comme ça mais n'est que le prolongement un peu décalé de la 3ème. J'ai passé du temps là, avant que ne s'installent des cabinets d'architectes ou autre. Tout au bout, un escalier qui quand on le prend amène au 4ème, où il y a des espaces libres où je traînais. Les jours où j'étais gonflée, je redescendais sur la travée du milieu qui fait comme un toboggan très étroit. Ne le fais pas, tu te casserais quelque chose, il faut un tout petit cul et être léger pour se relever dans la foulée !
C'est tout pour ces étages

Au 9ème il y a le toit. Fais le tour, tu comprendras. Maintenant il y a des barrières partout, mais avant on grimpait de tous les côtés, tu imagineras. Près de la piscine il y a un plan incliné en deux parties. Ils ont fermé les ouvertures où on se planquait aussi, et pareil à l'autre bout du toit, ce qui ressemble à une scène de théâtre, on se cachait dessous. On grimpait sur les socles des cheminées,
Bon il faut que j'arrête, je reprends dans 2h à peu près.


11 octobre 2014 Roger 2

Jérusalem numéro trente six du onze octobre deux mil quatorze.

Voyage et liste de mes culpabilités.

AnneAnne,
 - Je voyage demain matin. Et j'espère que tu vas bien?
J'ai trouvé une nouvelle liste.
Je suis coupable de procrastination. De ne pas finir mes phrases et de répéter « parce que » tous les trois mots comme Modiano, que j'ai écouté avant de t'écrire.
Je suis coupable de ne pas revoir mes textes et de ne pas me retourner en arrière.
Je suis coupable de ne pas savoir être lent. D'écrire beaucoup de « que » dans mes courriels. Je suis coupable de ne pas être clair. De ne pas avoir une peau d'éléphant et de souffrir.
Je suis coupable d'avoir voulu et cherché la vérité, seulement maintenant j’apprends qu'il y a des vérités…
D'être franc. De ne pas savoir dire non.
Je suis coupable de ne pas pouvoir m'intégrer. D'avoir eu des réticences envers le langage.
 - Je voyage demain à neuf heures cinquante cinq.
Je suis coupable de m'être dispersé. D'avoir suivi des chemins qui ont été des impasses.
Je suis coupable d'avoir cherché les « pourquoi » et d'avoir voulu l'impossible. D'avoir voulu l'invisible.
 - Je voyage quand même demain, malgré tout. Du moins j'espère !
Je suis coupable de croire à l'espoir et à la tendresse. Je suis coupable de n'avoir pas voulu la frontalité, mais l'entre.
Je suis coupable d'avoir été toujours dans l' « entre » et dans l' « écart ».
D'avoir eu peur. De n'avoir pas voulu de racines, coupable de ne pas pouvoir me séparer, de couper les liens affectifs.
Je suis coupable d'avoir rêvé ma vie et chercher une autre vie.
Je suis coupable de n'être pas moi. De vouloir réunir et rassembler. 
D'imaginer que je suis un autre et avoir voulu être cet autre.
Coupable de chercher la réalité comme un rêve.
Je ne suis pas coupable de vivre et de vouloir vivre, même dans mon délire.

AnneAnne,
Je dois finir mon sac car je voyage demain. J'attends le numéro de la maison du fada.
Peut-être, si tu ne m'envoie pas le numéro, je ferai le tour et improviserai.
Si je me souviens bien, c'est un très grand bâtiment. J'irai aussi vers les Calanques par la route de la corniche et j'essayerai de deviner.
Je m’assoirai sur la terrasse de Häagen Dasz pour, malgré mon régime, déguster une glace au citron. – Le blanc. -
Je suis aussi coupable de ne pas maigrir.
Du Modiano toute la journée.
 - Avant mon voyage.
Je pense et j'espère que ma tablette fonctionnera.
Je suis coupable de vouloir te faire sourire.
En attendant de savoir si j'ai réussi à te faire sourire, je devinerai et sortirai mes antennes de l'intuition, pour sentir les ondes des fossettes qui entourent les lèvres au moment du sourire.
 - Voilà, voila, je voyage demain.
J'attends la dernière minute pour croire à ce voyage.
Je suis coupable de ne pas croire au futur. Un manque d'imagination ?
Au lieu de ce courriel, je voulais écrire le texte pour « Ma Mère ».
Modiano, Modiano, je ne l'ai jamais lu.
Je suis coupable de n'avoir pas lu Modiano et de ne pas avoir lu les autres auteurs modernes. Ceux qui sont cités et disséqués à France Culture.
Mais j'ai envie de les lire. J’ai envie – en vie - . L’envie, est – ce le désir ? Le vrai désir qui donne la vie. Peut – on dire « j’ai envie de mourir » ? J’ai « en vie » de mourir. N’est – ce pas contradictoire ? Choisir la vie. Ce qui nous est enseigné tout au long du « Livre des Livres ». 
 - Je ne vais pas pouvoir dormir à cause du voyage.

AnneAnne,
Je suis coupable de ne pas savoir m’arrêter, de ne pas finir d'écrire ce courriel et de me séparer. J'ai déjà écrit à propos de la  séparation, dans ce courriel. (Répétition)
Je pense à toi, pensées de beaucoup d'amitiés chaleureuses.
Ychaï.
 - J'ai oublié d'écrire que je voyage demain.


11 octobre 2014 Roger 1

Très vite…  Le Vallon des Auffes s'est transformé en vallée des gaufres, je ne sais pourquoi, je m'en excuse.
Auffes, gaufres… Toujours ma précipitation à lire vite et ne pas me rappeler.
J'ai mangé avec mon cousin dans cet endroit. J'ai beaucoup aimé ce vallon.
Des noms qui font rêver : Boudouresque, Malmousque, sentent déjà la mer et l'odeur des barques. 
Non, je ne me flagelle pas, j'improvise pour faire sortir des souvenirs.
Je suis (suivre) l'idée de la culpabilité qui m'est venue. 
Ces idées de faire des listes me plaisent, aussi, parce que je peux écrire en fragments. 

A bientôt

 Ychaï